Construction d’une économie émergente

L’économie malienne a enregistré une croissance réelle moyenne de 4,4% de 2000 à 2011, tirée principalement par le secteur primaire et, dans une moindre mesure, par le secteur tertiaire. Ce taux se situe en deçà de la moyenne des taux enregistrés par les pays d’Afrique subsaharienne, hors République Sud Africaine et Nigeria (5,5%).
En outre, il demeure insuffisant au regard des 7% requis dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, en témoigne l’incidence de la pauvreté qui se situe à 41,7% en 2011 et 42,7% en 2012.
La contribution des exportations à la croissance est faible et instable. Les exportations sont très peu diversifiées (l’or et le coton en constituent 85%). Elles sont dès lors vulnérables aux fluctuations des cours internationaux de ces deux produits, soumettant l’économie à un rythme permanent d’instabilité macroéconomique.

 

L’accélération de la croissance économique butte sur des obstacles encore nombreux :
 l’absence de main-d’oeuvre qualifiée
 l’insuffisance d’infrastructures de base constituant un véritable goulot d’étranglement au développement économique, singulièrement dans le secteur de l’énergie et dans celui des routes. A ce sujet, il convient d’indiquer que la crise de l’énergie, caractérisée par l’insuffisance de l’offre et son coût très élevé, affecte au quotidien le fonctionnement des services et des activités économiques avec comme corollaire, la perte de productivité
 le taux de pression fiscale de 14,7%, inférieur à la norme communautaire de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) de 17%, ne permet pas de soutenir un effort d’investissement élevé dans la durée et porter les capacités d’entretien des nouveaux équipements au niveau requis
 un environnement des affaires peu favorable au développement du secteur privé
 le potentiel agricole reste sous-exploité, notamment en raison de l’insuffisance de micro-barrages pour développer les périmètres irrigués.

 

Au regard de ce qui précède, le Gouvernement s’est fixé, à l’horizon 2018, dans le cadre de son programme économique, les objectifs suivants :

 porter le taux annuel de croissance économique à deux chiffres
 créer 200 000 nouveaux emplois

 

Pour l’atteinte de ces objectifs, la mise en oeuvre du Programme gouvernemental reposera sur les actions prioritaires ci-après :

Maintenir la stabilité macroéconomique

L’existence d’un environnement macroéconomique stable est une condition indispensable à la réalisation d’une croissance économique forte. Dans ce cadre, le Gouvernement s’attachera à mettre en oeuvre des politiques macroéconomiques orientées vers la maîtrise des déficits des finances publiques, l’équilibre des paiements extérieurs et une inflation contenue. Par ailleurs, le Gouvernement poursuivra les réformes en vue du renforcement du cadre de gestion des finances publiques en relevant le taux de pression fiscale à 17% ; en améliorant la gestion de la trésorerie et la qualité de la dépense publique, à travers l’adoption de règles et procédures de gestion financière efficace et le renforcement de la politique d’endettement.

 

Développer les infrastructures pour accroître la compétitivité globale de l’économie

Au-delà de l’assainissement macroéconomique, le Gouvernement s’attèlera à accroître la compétitivité globale de l’économie en mettant en oeuvre les actions décisives suivantes :

› mise en oeuvre d’un plan de développement des télécommunications (infrastructures, distribution, tarification)
 mise en oeuvre d’un plan de développement de l’accès à l’internet (débits, tarification)
 mise en oeuvre d’un plan d’extension du réseau routier (désenclavement intérieur, accès aux ports, gestion des entrepôts portuaires)
 rénovation du programme de maintenance du réseau routier
 aménagement de plateformes logistiques et de ports secs sur les corridors régionaux, à l’entrée des villes et du pays
 relance des travaux de rénovation et d’aménagement de l’aéroport de Bamako-Sénou
 mise en place d’un fonds d’investissement pour le développement économique et social
 mise à jour du livre foncier (notamment à Bamako)
 renforcement du cadre de financement du secteur de l’énergie

 

 Assurer la disponibilité de l’énergie à moindre coût

Dans le cadre de l’augmentation de la production hydroélectrique, il est prévu de valoriser les potentialités existantes à hauteur de 109 MW et d’accélérer l’interconnexion avec les pays voisins (Côte d’Ivoire et Burkina Faso) pour une baisse du coût de revient de 10% par l’importation de 330 MW. En outre, la mise en oeuvre du programme de développement de l’énergie solaire et autres énergies renouvelables (EnR) permettra de couvrir une part substantielle des besoins du pays et de contribuer à la protection de l’environnement tout en permettant la substitution aux énergies fossiles.
Par ailleurs, les pertes sur les réseaux de distribution sont importantes (20% de la production) et la couverture des coûts n’est que très partielle (50%). La réduction des pertes sur les réseaux électriques passera par la mise en oeuvre d’un programme de réhabilitation, et de renforcement et de maîtrise et d’économie d’énergie. Ces mesures seront accompagnées par la mise en place d’un système d’information énergétique en vue d’assurer une gestion efficace et durable de l’énergie.
La diminution du coût de revient de l’énergie est envisagée à travers les mesures suivantes :
 l’augmentation de la part de l’hydroélectricité dans le mix énergétique
 le développement des interconnexions pour substituer la production thermique locale onéreuse par des importations d’énergie électrique aux coûts compétitifs
 le raccordement progressif des centres isolés au réseau interconnecté sur la base de considérations technico-économiques
 l’accroissement de l’efficacité de gestion des réseaux électriques
 l’amélioration du recouvrement des coûts, par des ajustements tarifaires plus réguliers, en vue de restaurer la viabilité financière de la société Energie du Mali SA (EDM-SA) sur le moyen terme
 la réduction des coûts de l’électrification rurale par l’adoption de systèmes de production hybrides
 la recapitalisation à moyen terme d’EDM-SA en vue de restaurer sa capacité à mobiliser des ressources sur le marché pour une couverture partielle de ses charges d’investissement.

 

Développer les infrastructures de transport

L’existence d’infrastructures de transport appropriées est essentielle pour un meilleur approvisionnement à moindre coût d’un pays vaste et enclavé comme le Mali et, par conséquent, elle contribue au développement économique et à la lutte contre la pauvreté.
Dans ce cadre, les principales actions envisagées par le Gouvernement consisteront à :
 assurer l’entretien de 14 500 km de route par an
 construire ou réhabiliter 1 400 km de route
 redémarrer les travaux de voiries urbaines suspendus du fait de l’insécurité
 construire un pont sur le fleuve Niger à Koulikoro et des ponts sur le Bafing et le Baoulé à Bafoulabé
 assurer le développement des autres modes de transport (réhabilitation de la voie ferrée Dakar-Bamako ; construction de quais dans les escales fluviales ; construction et extension des aérodromes du pays).

 

 Développer l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC)

Les technologies de l’information et de la communication constituent un accélérateur de la croissance et du développement économique et humain. Il s’agira pour le Gouvernement :
 de poursuivre la construction de réseaux en fibre optique
 d’élaborer une stratégie d’accès à l’internet haut débit
 d’accélérer la modernisation et de rendre compétitif l’opérateur public postal

 

Faire du Mali une puissance agricole exportatrice à l’horizon 2018

Durant les deux dernières décennies, la production agricole a été essentiellement soutenue par la libéralisation des marchés céréaliers et l’extension des aménagements hydro-agricoles. Cependant, la croissance agricole a été limitée par :
 l’insuffisance des infrastructures, notamment routières, assurant une faible connexion des zones de production aux marchés
 les faiblesses institutionnelles des organisations de producteurs
 le manque de capacité de stockage, réduisant le pouvoir de négociation des producteurs sur le marché et les garanties réelles susceptibles de soutenir l’accès au crédit agricole
 les performances limitées de la vulgarisation, dans un contexte d’analphabétisme des adultes
 les faiblesses de la recherche-développement

 

Il en a résulté une tendance à la baisse de la productivité dans les grandes filières, les hausses de la production découlant de l’augmentation des superficies emblavées. Au demeurant, le Mali dispose d’un atout important à savoir l’abondance de terres irrigables et de bas-fonds inondables.

 

Dans le cadre de la mise en oeuvre du programme agricole du Gouvernement, les mesures suivantes sont envisagées :

› mise en oeuvre d’un programme national de pistes rurales
 mise en oeuvre d’un programme national de mise en place d’infrastructures de stockage et de commercialisation
 promotion de la production nationale d’engrais phosphatés
 mise en oeuvre d’un programme national de promotion de la mécanisation
 élaboration et mise en oeuvre d’un programme national d’intensification de l’embouche et de l’empoissonnement des plans d’eau
 élaboration et mise en oeuvre de la nouvelle politique foncière
 alphabétisation des exploitants et aide à la gestion dans la zone Office du Niger (ON)
 entretien des canaux et amélioration de la gestion de l’eau dans la zone Office du Niger
 réalisation d’aménagements hydro-agricoles dans de bassins hydrographiques et les différents aquifères :
- aménagement de 62 000 ha de rizières
- réalisation de 30 000 ha de périmètres de cultures fourragères
- poursuite des aménagements de terres à l’Office du Niger. Sur cette zone, l’objectif est de doubler les superficies exploitées à l’horizon 2018. Le disponible           des terres aménageables de l’Office du Niger est estimé à 1 907 406 ha dont seulement 98 531 ha ont été aménagés avec maîtrise totale depuis 1932, soit                 seulement 5,2% du potentiel
- renforcement des capacités en maîtrise de l’eau à travers la création d’une Agence d’Aménagement des Terres et de fourniture de l’eau d’irrigation,
- promotion des agropoles de développement intégré urbain et périurbain connectés sur les marchés extérieurs (UEMOA, CEDEAO, UA, UE, Moyen Orient)
restauration de parcours pastoraux et de pâturages :
-  réalisation de 21 périmètres et aires pastorales de 400 000 ha,
- établissement de 300 conventions locales de gestion de pâturages,
- aménagement de 20 pêcheries,
- établissement de 20 conventions locales de gestion de pêcheries ;
 élaboration et mise en oeuvre d’une politique transparente de subvention des intrants agricoles.

 

 Promouvoir le développement de l’agro-industrie

Outre les mesures portant sur le développement des infrastructures pour accroître la compétitivité globale de l’économie, deux projets importants sont inscrits au programme pour soutenir l’agro-industrie. Il s’agit de la création de nouvelles zones industrielles et de l’agrandissement de celles existantes (Dialakorobougou, Ségou, Kayes et Sanankoroba).

 

 Développer et diversifier le secteur minier

Dans le domaine minier, le sous-sol malien renferme d’importants gisements dont l’or, le phosphate, le sel gemme, le pétrole, le calcaire, le fer, l’uranium et le marbre. Cependant, ce potentiel est nettement sous-exploité. Pour sa valorisation, le Gouvernement envisage de :
- renforcer les programmes de recherche géologique, d’inventaire et de cartographie de ressources
- réviser la législation minière en vue de la simplifier et d’attirer les investisseurs directs étrangers (IDE)
- faciliter la disponibilité des facteurs de production
- créer une filière technique de formation dans les métiers de la mine

 

 Créer les conditions pour une meilleure maîtrise de la croissance des villes

Malgré le fait que la quasi-totalité des villes secondaires soient dotées d’outils de planification urbaine, la croissance rapide des villes, notamment leur étalement, constitue encore un handicap majeur dans leur développement durable. Pour y faire face, les principales mesures suivantes sont envisagées :
- élaboration de la politique nationale de la ville
- dotation des villes en documents de planification urbaine adaptés
- planification de la mobilité urbaine à Bamako
- développement des vocations économiques des villes dans le cadre de l’Aménagement du territoire et de la régénération urbaine

 

 Améliorer la qualité de l’environnement

Une mauvaise qualité de l’environnement constitue sans doute un facteur négatif pour le développement socio-économique d’un pays. La politique du Gouvernement en la matière repose sur une vision globale, intégrée et cohérente. Ainsi, les principales mesures inscrites au Programme gouvernemental portent sur :
- la gestion rationnelle des ressources naturelles et la protection de l’environnement
- l’intensification de la lutte contre l’ensablement des cours et points d’eau, pâturages, habitations et voies de communication routière et fluviale
- l’amélioration de la gestion des déchets
- la création d’une agence nationale d’élimination des déchets spéciaux
- la construction et l’entretien de 5 stations d’épuration des eaux usées et d’ouvrages annexes
- l’intensification de la construction d’ouvrages et d’infrastructures d’assainissement (250 km de caniveaux, 125 km de collecteurs, 10 dépôts, 3 décharges finales, achèvement de la décharge de Noumoubougou).