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30.12.2014

Allocution du Chef d’Etat-major Général des Armées à l’occasion des cérémonies de présentation des voeux de Nouvel An au Chef de l’Etat (Koulouba, le 29 décembre 2014)

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées ;

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;

Monsieur le Ministre de la Défense et des Anciens Combattants;

Monsieur le Ministre de l’Intérieur et de la sécurité;

Monsieur l’Inspecteur Général des Armées et Services ;

Mesdames, Messieurs les officiers Généraux ;

Mesdames, Messieurs les Chefs d’Etat-major et Directeurs de Service ;

Honorables invités ;

Mesdames, Messieurs,

Général de Division Mahamane TOURE, Chef d'Etat-major Général des Armées

Général de Division Mahamane TOURE, Chef d’Etat-major Général des Armées

Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat et Chef Suprême des Armées, à l’entame de mes propos, je sollicite votre autorisation afin que nous observions ensemble, une minute de recueillement en la mémoire de nos compagnons d’armes des Forces françaises, Tchadiennes, de la MINUSMA, des Forces de défense et de sécurité du Mali, mais aussi de toutes les victimes civiles, qui ont payé de leur vie la lutte contre le terrorisme.

Je vous remercie !

Monsieur le Président de la République, Chef Suprême des Armées,

Porte-parole de l’ensemble des Forces de Défense et de Sécurité, à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation de vœux de nouvel an, à la Première Institution de la République, mais aussi au Chef Suprême des Armées, le Chef d’Etat-major général des armées que je suis, se sent fortement interpellé, au regard du rôle joué par nos forces au cours des évènements qui ont jalonné l’année 2014, sur le plan sécuritaire.

Monsieur le Président de la République, Chef Suprême des Armées, 

L’année qui s’achève aura été marquée par des événements singuliers sur le plan sécuritaire dont certains par leur ampleur ont mis à rude épreuve notre outil de défense en reconstruction. A l’orée de la nouvelle année, il s’agira pour nous d’envisager l’avenir avec plus de réalisme et de rigueur afin d’être en phase avec notre engagement vis-à-vis de la Patrie, en contribuant à doter la Nation d’une Armée restructurée, combattante, professionnelle, résiliente, et républicaine.

A l’heure du bilan de l’année 2014, qu’il appartient à vous et au Peuple souverain d’établir, je suis rassuré de constater que bien que l’objectif qui paraissait lointain il y a quelque temps, se rapproche de plus en plus, se trouvant ainsi à notre portée, en raison de votre volonté affirmée et des initiatives subséquentes annoncées en la matière. En prélude, vous me permettrez d’évoquer quelques actions menées ou en cours, assorties de quelques perspectives.

Au titre des missions opérationnelles :

Deux opérations sont actuellement conduites par les Forces Armées Maliennes dans deux aires différentes du territoire national.

La première et la plus ancienne, l’Opération ‘’Soutoura’’, continue sur le flanc sud du pays avec la Côte d’Ivoire. Elle sera réévaluée en vue de son reformatage.

La seconde, la plus importante, par son envergure et son intérêt stratégique, l’Opération ‘’Maliba’’, constitue notre axe d’effort principal. Lancée, le 29 juillet 2013, l’Opération ‘’Maliba’’, a comme finalité, la restauration de l’autorité de l’Etat sur les régions du Nord et la réduction de la menace terroriste dans cet espace, et elle reste plus que jamais d’actualité. La conduite de cette Opération dans laquelle, la Nation s’est fortement impliquée, engage des effectifs importants des Forces de Défense et de Sécurité. L’Opération MALIBA, a enregistré quelques avancées notables, jusqu’en mai 2014. Le recul causé par les évènements de Kidal, est un fait dont nous continuons à tirer les enseignements indispensables. L’Opération se stabilise et se renforce actuellement, fortement tributaire de quelques déficits capacitaires, mais surtout dans sa phase actuelle du respect des engagements pris dans le cadre du Cessez-le-feu du 23 mai 2014. Depuis, les FDS ne posent aucun acte de nature à être interprété comme violation, risquant de porter ombrage au processus politique de dialogue inter-maliens d’Alger.

Les autres signataires dudit Cessez-le-feu, ne semblent pas avoir la même préoccupation. Il est loisible de signaler qu’à la différence des FDS, les violations sans cesse répétées à la fois de l’esprit et de la lettre des différents accords de cessez-le-feu, par les groupes armés signataires et leur irruption dans les espaces inoccupées par les FDS, ont entraîné la réaction des communautés concernées, à la fois dans le Haoussa que dans le Gourma. En l’absence des Forces de défense et de sécurité, ces communautés agressées et violentées se sont organisées en groupes d’autodéfense, afin de prendre leurs destinées en mains et protéger leurs terroirs. Il faut rappeler que si ces groupes communautaires, bien que ne s’attaquant, ni ne perturbant jamais les déploiements des FDS, n’ont jamais été mis en place, ni suscités par l’Etat, contrairement à des rumeurs les qualifiant de ‘’milices gouvernementales’’. Il faut enfin noter que ces groupes constituent une des trois parties, à savoir ‘’la plateforme’’, prise en compte dans le processus d’Alger, aux côtés du Gouvernement et la Coordination des mouvements armés.

Au delà des opérations susmentionnées, les Forces de Défense et de Sécurité ont assuré et continuent d’assurer au quotidien, diverses missions rentrant dans le cadre de leurs attributions, concourant essentiellement à la sécurisation des personnes et de leurs biens. A titre d’exemple, il est opportun de citer entre autres :

- l’exécution des missions de sécurité publique par les forces de sécurité (Police, Gendarmerie et Garde nationales) qui a contribué, notamment, sur initiative propre, sur la base des informations collectées auprès des populations, à leur sécurisation, dans une large mesure, dans les villes et dans les campagnes ;

- l’exécution des missions de protection et de secours par la Direction Nationale de la Protection Civile ;

- la conduite de travaux d’utilité publique  par le Génie Militaire, en particulier ceux se rapportant à l’assainissement dans les villes de Bamako et de l’intérieur ;

- le soutien sanitaire des Forces engagées en opération, des militaires et leurs familles ainsi que des populations civiles dans le cadre de la participation du Service de Santé des Armées à l’effort de protection sanitaire des populations en général ; mais aussi une participation de qualité à la prévention et à la lutte contre la Fièvre à virus Ebola, à travers notamment leur déploiement sur la première ligne de défense que constitue le cordon frontalier du dispositif national ;

- les initiatives du Service Social des Armées au profit des veuves, orphelins de militaires, des blessés, et des familles de militaires en général, avec l’appui de partenaires, souvent anonymes, dont nous saluons l’accompagnement.

Au titre des formations :  

- La reprise des formations dites classiques (Certificats d’aptitude Technique-CAT1 &2, Certificats Interarmes-CIA et Brevets d’Armes-BA) ont concerné l’ensemble des Forces Armées et de sécurité. C’est ainsi que plus de 5300 militaires de différents grades ont bénéficié de formation leur conférant de nouvelles aptitudes et contribuant ainsi au relèvement du niveau opérationnel de nos unités ;

- La poursuite de l’accompagnement de l’European Union Training Mission in Mali (EUTM-Mali) qui a contribué, en 2014 au relèvement du niveau de formation, de trois (3) Groupements Tactiques Interarmées (GTIA). A ce jour, EUTM a ainsi encadré cinq (5) sur les huit (8) GTIA prévu dans le cadre de son mandat, et le 6ème GTIA, axé sur la Région militaire de Tombouctou, se trouve en formation à Koulikoro. Les autres volets couverts par l’assistance d’EUTM, sous sa nouvelle direction espagnole sont :

 

o la formation des formateurs et des instructeurs maliens, visant à renforcer notre potentiel et à préparer la relève des européens ;

o le recyclage en vue de la remise à niveau des GTIAs de retour de mission. Après ‘’Waraba’’, le recyclage de ‘’Elou’’ vient de prendre fin à Sikasso, tandis que celui de Balanzan prend forme ;

o finalement l’accompagnement dans l’élaboration et la finalisation des textes conceptuels, doctrinaux et règlementaires de nos formations, s’inscrivant dans le cadre de la restructuration des Forces.

- Afin de tirer le maximum de profit et valoriser les douze (12) semaines de remise à niveau des formations EUTM, s’est imposée la nécessité de la création d’un Centre de mise en condition opérationnelle-CMCO, situé sur le site de l’ex-ARSEG de Hombori, destiné à recevoir les unités sortant de formation EUTM, de même que toutes les autres unités classiques, en vue de leur aguerrissement au combat et au feu. Le CMCO de Hombori recevra en début d’année sa première compagnie test.

- Nous ne pouvons passer sous silence le partenariat avec Barkhane, dont les actions dans la profondeur du dispositif contre les GAT sont efficaces et salutaires, de même que les actions conjointes, voire mixtes initiées récemment. Il en est de même de la MINUSMA, qui vient de nous assister à parachever la relève de Ménaka, et pour lesquels un meilleur effort de coordination s’impose par ailleurs.

- Dans le cadre d’un autre partenariat visant à nous doter de capacités de patrouilles spéciales de reconnaissance, nous avons entamé la sélection de volontaires destinés à recevoir une formation adaptée en vue d’apporter un appoint aux capacités actuelles des forces classiques. A cet effet nous avons activé le Centre national d’entraînement commando de Samanko ;

- Au regard des nombreux départs à la retraite d’Officiers de valeur et de qualité, les écoles militaires au niveau national, s’efforcent de combler les déficits, en accueillant cette année plus de 800 élèves, y compris de nombreux stagiaires étrangers.

Ces écoles et centre de formation accomplissent un travail satisfaisant et constituent aujourd’hui une référence dans notre région au regard de la qualité de la formation en constante amélioration. De même, plusieurs stagiaires militaires maliens ont été formés, au cours de l’année qui s’achève, dans différents pays amis dans le cadre de la coopération militaire. 

Monsieur le Président de la République, Chef Suprême des Armées, 

Ces efforts de formation sont à poursuivre et à renforcer.

La construction d’un modèle d’armée adapté aux besoins de la Nation, devient un impératif au regard des défis sécuritaires de plus en plus complexes au Mali et dans notre région. La formation du personnel, la préparation opérationnelle, l’équipement et le soutien des forces ont été identifiés à juste titre comme les fondamentaux dans le cadre de ce chantier majeur.

Il faut en effet rappeler un postulat, les Forces de défense et de sécurité maliennes, ont constitué par le passé et devront toujours constituer l’Alpha et l’Oméga de notre souveraineté. S’il est vrai que Janvier 2013, a constitué une parenthèse sombre dans l’histoire de nos FDS, lorsqu’il a fallu l’intervention de la France pour éloigner la menace terroriste, ceci ne doit plus jamais se reproduire. L’enjeu pour le Mali est de reconstruire son outil de défense et les FDS s’emploient à honorer leur serment.

Monsieur le Président de la République, Chef Suprême des Armées, permettez-moi de vous affirmer que sans Forces armées solides et respectées, ancrées solidement dans la Nation, la signature d’un Accord de paix global et définitif, ne nous permettra pas de faire l’économie d’une guerre ou de combats soutenus, surtout contre les terroristes et les organisations criminelles, avant de parvenir à assurer le contrôle total et définitif de notre territoire.

C’est pourquoi nous avons l’obligation de mettre à niveau nos Forces, ce par tous les moyens possibles. Les partenaires ont suffisamment joué leur partition. Il nous appartient de prendre le relais pour rétablir les normes, en termes de réarmement moral du personnel, de renforcement des capacités et des aptitudes opérationnelles de nos forces, notamment leur esprit de combativité, afin de relever le défi de la restauration et de la sauvegarde de notre intégrité et de notre souveraineté.

Les forces terrestres ont été concernées par les efforts initiaux d’équipement et nous vous en remercions. Aujourd’hui, l’absence de vecteurs aériens constitue une vulnérabilité critique. Le simple ravitaillement, le soutien logistique ou la relève de nos troupes dans des localités comme Tessalit ou Ménaka sont laissés au bon vouloir de la MINUSMA et de Barkhane, qui ont aussi leurs propres priorités. La capacité de déminage, ou de détection des Engins explosifs improvisés-EEI, est quasi-inexistante. Quand à celle de l’évacuation sécurisée et du traitement d’une manière décente de nos blessés, de leur prise en charge et de celle des familles des victimes, elles nous posent d’énormes difficultés.

Il est grand temps de nous doter des moyens de résorber ces vulnérabilités et les déficits en découlant, et nous en avons à la fois l’intelligence et les ressources. C’est mon appel et mon vœu le plus cher pour l’année 2015. Le Projet de Politique nationale de défense et de sécurité, assorti de celui du premier projet de Loi de programmation 2015-2019, qui viennent d’être adoptés par le dernier Conseil supérieur de la Défense nationale, prennent en compte l’essentiel de ces préoccupations. C’est pourquoi, il est impératif de les faire adopter en toute diligence, et de les mettre en œuvre, d’une manière transparente et collégiale, dans toutes leurs dispositions.

Vous me permettrez alors de terminer mes propos en formant pour vous-même, pour votre famille, et pour tous ceux qui vous sont chers et à travers vous, pour le Premier Ministre, pour le Ministre de la Défense et des Anciens Combattants, pour le Ministre de l’Intérieur et de la sécurité, les membres de vos Cabinets et secrétariats généraux, et leurs familles respectives, ainsi que pour les populations maliennes et nos hôtes étrangers, nos vœux de bonne et heureuse année 2015.

Que Dieu Le Tout-Puissant fasse que cette année 2015, voit la consécration de notre réarmement moral, le renforcement de nos capacités, une avancée notable dans la restructuration, voire la réforme des armées, le déclic du sursaut national pour une reconquête et un contrôle total de notre territoire, afin de créer les conditions idoines pour le retour total de l’administration, celui des personnes déplacées et des réfugiés, la reprise des activités socio-économiques des populations, dans un environnement apaisé, dans la quiétude des cœurs retrouvée pour que prospère le Mali, Un et Indivisible, Fort et riche de sa Diversité.

Que Dieu bénisse le Mali !