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17.06.2016

Deuxième réunion des ministres francophones de l’Enseignement supérieur : Discours de la Très Honorable Michaëlle Jean, Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF) – Bamako, le 17 juin 2016

MKMonsieur le Président de la République du Mali, cher Ibrahim Boubacar Keita,
Monsieur les Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur de la République du Mali,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Recteur de l’AUF,
Mesdames et Messieurs en vos titres et nombreuses qualités,
Chers amis,

Permettez-moi, tout d’abord, Monsieur le Président, de vous remercier pour la qualité de votre accueil à l’occasion de l’événement majeur que constitue l’« Initiative pour le développement numérique de l’espace universitaire francophone (IDNEUF) ».

Et je ne vous cacherai pas l’émotion qui fut la mienne en arrivant à l’aéroport de Bamako, hier soir.

D’abord un profond bonheur, d’être de retour une fois encore dans ce pays que j’aime depuis longtemps.

Ce pays, le Mali où je me sens chez moi, car il m’a adopté dès ma première venue. Ma première rencontre avec les Maliennes et les Maliens était en 2006, j’effectuais en cette terre de tous les possibles et de tous les espoirs une visite d’État en tant que Gouverneure générale et commandante en chef du Canada. Je voulais comprendre, entendre, partager. Pendant plusieurs jours, de Bamako, à Mopti, à Djenne, à Bandiagara, j’ai rencontré un peuple fier, des collectivités ingénieuses et courageuses, des femmes, des hommes et des jeunes d’une belle trempe, volontaires, enracinés dans une culture féconde, riche de tant de traits de civilisation et d’une foisonnante diversité.

J’ai trouvé au Mali un peuple épris de son histoire et une terre d’une émouvante beauté.

L’Afrique coule dans mes veines par le fait de l’Histoire et comme nous aimons le dire en Haïti, ma terre natale, l’Afrique, me marche dans le sang.

Mais, que l’humanité toute entière se souvienne que l’Afrique est son berceau, le lieu de toutes nos origines.

Chers amis,

Nous vivons des temps difficiles, éprouvants et de grande confusion, qui exigent que nous soyons plus engagés que jamais.

La menace terroriste assassine ne nous laisse aucun répit. Il nous faut nous rassembler pour que la vie triomphe face à ces organisations criminelles, sans foi ni loi et surtout qui sont de tous les trafics.

De retour à Bamako hier, c’est cette pensée qui m’a animée d’une grande force. Revenir et poursuivre chaque fois le combat pour que la vie et la justice triomphent.

J’étais impatiente de revenir, par-delà le souvenir de cette douloureuse journée du 20 novembre 2015, encore vivace, de l’attaque et la prise d’otages au Radisson Blu où logeait une importante délégation de la Francophonie, de l’OIF, de l’APF, de l’Université Senghor d’Alexandrie attendant mon arrivée prévue pour le lendemain.

Nous voulions célébrer, ensemble, avec les Maliennes et les Maliens, les dix ans de la Convention sur la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO. Une convention qui a pris forme aussi avec la contribution forte et une totale mobilisation de la Francophonie.

Nous venions dire aussi notre espoir et notre volonté d’agir aux côtés du Mali dans ses efforts pour défendre et pérenniser l’union du pays dans une paix durable.

Nous venions sceller des actions d’accompagnement de la mise en oeuvre de l’ « Accord pour la paix et la réconciliation au Mali » signé quelques mois auparavant.

Mais la barbarie s’est invitée pour nous dérouter. Une barbarie qui continue d’emporter, avec elle, tant de vies innocentes et qui s’acharne contre tout ce que nous sommes et ce que nous défendons : contre la paix, contre la rencontre des peuples, contre les libertés, contre les droits fondamentaux.

Une barbarie qui s’installe et exploite toutes les situations de précarité, toutes les failles, tous les fossés, toutes les brèches, tous les manques, toutes les divisions, toutes nos inactions et nos omissions coupables. Une barbarie qui s’abreuve de nombreux intérêts et qui étend ses ramifications.

En novembre, nous étions meurtris, nous l’avons été encore à différentes reprises mais déterminés à ne pas nous laisser abattre. Car la Francophonie ne désarme pas.

Elle est là, aujourd’hui, dans ces moments difficiles.

Voici la Francophonie, à vos côtés, Monsieur le Président, et aux côtés des Maliennes et des Maliens.

Une Francophonie préoccupée, soucieuse mais solidaire.

Une Francophonie prise pour cible mais attachée aux valeurs universelles de démocratie.

Et une Francophonie qui appuiera, sans relâche, toute initiative en faveur du renforcement des institutions garantes de l’État de droit, garantes de la sécurité des populations, garantes de l’amélioration des conditions de vie des citoyennes et des citoyens, de leurs besoins et de leurs droits fondamentaux, sur tout le territoire malien et dans les pays du Sahel ; du Burkina Faso à la Mauritanie ; du Niger au Tchad.

Une Francophonie forte de tant d’expériences, d’expertises, de savoir-faire, de modèles de développement, de réalisations et de bonnes pratiques à partager. Une Francophonie de solutions en marche sur les cinq continents.

Mesdames, Messieurs,

En cette année 2016, la Francophonie est au cœur de toutes les urgences du monde mais aussi au cœur de tant de potentialités.

A cet égard, venons-en à ce qui nous réunit aujourd’hui, le numérique et en particulier, les Ressources éducatives libres constituent un atout puissant pour parvenir à la réalisation du quatrième Objectif de développement durable : « assurer l’accès de toutes et de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ».

Avec le lancement, ce 17 juin, du metaportail réalisé par l’Agence universitaire de la francophonie, je suis donc fière de dire aujourd’hui que c’est une réponse de taille que l’espace francophone apporte à ces défis cruciaux.

En effet, le numérique est dorénavant un outil indispensable pour une amélioration continue des processus et dispositifs d’apprentissage dans le domaine de l’éducation.

Face au défi du chômage structurel dramatique qui touche principalement la jeunesse de tous les continents, le numérique s’avère être un formidable levier pour l’implication citoyenne de ces jeunes, l’apprentissage de compétences professionnelles et techniques qui soient garantes de leur accès à l’emploi.

Dès lors, je tiens à féliciter chaleureusement le Recteur de l’AUF, Monsieur de Gaudemar et tous les artisans de ce projet pour ce très bel outil et pour le travail colossal effectué au long de cette année.

J’ai bien évidemment eu à cœur de tester moi-même et directement l’utilisation de ce premier moteur de recherche francophone de grande ampleur et je vous encourage, vous aussi, Monsieur le Président à en faire l’expérience.

Vous constaterez d’emblée la richesse d’IDNEUF qui permet sur un vaste répertoire à travers la Francophonie :
- de trouver des ressources pour se former et enseigner,
- d’accéder à des guides d’utilisation,
- de mettre en œuvre le numérique dans son institut,
- d’identifier une formation et de contacter l’institution qui la propose,
- de consulter un agenda d’événements sur le numérique, et tout cela dans une foule de domaines y compris des plus innovants

Mais qui dit numérique dit aussi formation à la pédagogie numérique. Car de nombreux chercheurs en conviennent, les nouvelles technologies transforment radicalement notre rapport au savoir et à la transmission des connaissances.

Comment les jeunes peuvent-ils utiliser ces millions de données disponibles sur le net en utilisant leur esprit critique ? Comment guider les jeunes internautes vers la citoyenneté alors même que certains territoires de l’internet sont littéralement « occupés » par les réseaux les plus radicaux ? Comment aider les enseignantes et les enseignants à adapter leurs pratiques dans un monde bouleversé par une telle mutation technologique et surtout, de sens ?

Face à ces enjeux, la formation à ces nouveaux outils est indispensable. Je me réjouis donc de voir que l’IDNEUF, ce sont aussi des formations à cette pédagogie spécifique qui sont amenées à se développer dans les prochains mois.

En consultant le metaportail, j’ai également appris qu’une première campagne de collecte de ressources donne déjà accès à ce jour à près de 40 000 ressources numériques d’enseignement produites principalement par la France, le Québec, la Tunisie, le Maroc, le Cameroun, le Sénégal, le Liban, le Burkina Faso, l’Egypte, le Mexique.

C’est considérable. Et… ce n’est qu’un début ! Demain, ce sont des centaines de milliers de ressources qui seront disponibles, issues de tous les horizons de la Francophonie.

Je plaiderai en ce sens auprès de nos Etats membres afin que soit diffusée cette information au sein des réseaux académiques locaux.

Car ces échanges, c’est la promesse, vous en conviendrez, de la découverte de territoires inconnus.

En toute réciprocité : des chercheurs de Montréal ou de Bruxelles qui se nourriront des travaux de doctorants de Yaoundé ou de Kigali ; des universités de Chisinau et de Tunis qui collaboreront à une co-diplomation, etc.

C’est d’ailleurs dans ce même esprit que l’OIF et ses opérateurs, ont, dans le cadre de la mise en œuvre des trois stratégies thématiques de la Francophonie, portant respectivement sur le numérique, la jeunesse et l’économie, intégré les Technologies de l’information et de la communication, appliquées à l’enseignement et à la formation (TICE), comme élément structurant de leurs actions de coopération et de développement dans l’espace francophone.

Et si nous avons lancé l’Institut de la Francophonie pour l’Education et la Formation (IFEF), à Dakar, en octobre dernier, c’est aussi dans le souci :

- de fédérer l’ensemble des expertises francophones ;

- d’accompagner les besoins en renforcement des politiques et programmes d’Éducation et de Formation des pays qui le souhaitent ;

- de renforcer la production ou la mise en commun de contenus innovants en matière de modernisation des méthodes pédagogiques ;

- d’intensifier la formation des maîtres, cadres et formateurs en maximisant l’expertise développée à travers le programme IFADEM l’initiative francophone pour la formation à distance des maîtres, institutrices et instituteurs ;

- de contribuer à la conception de formations professionnelles et techniques bien adaptées aux besoins du marché du travail, les jeunes le réclament.

Une déclaration commune sera signée tout à l’heure en ma présence, j’en suis heureuse.

Car à travers l’IDNEUF ou l’IFEF, c’est la preuve que la Francophonie et les forces vives qui la composent sont bien décidées d’utiliser les armes de construction massive que sont l’éducation et la formation, l’investissement dans le capital humain, dans la création d’opportunités et de possibilités, l’investissement dans la culture, la cohésion sociale, la paix, le dialogue, le respect dans la diversité et dans l’ancrage de ces valeurs qui fondent l’humanisme intégral qui nous rassemble dans la Francophonie et que nous tissons autour de la planète.

Cette œuvre collective est d’autant plus essentielle dans le combat que nous menons face à la barbarie du terrorisme et à la criminalité transnationale auxquelles nous opposons le métissage des savoirs, les potentialités de chacune et de chacun, et enfin, ce qu’il y a de plus précieux, notre humanité commune.

Ce combat que nous menons face au sentiment d’impasse. Il nous créer et redonner partout de l’espoir. Là est notre tâche et en particulier auprès de la jeunesse qui fait assurément partie des solutions et que nous ne pouvons abandonner à elle-même, entre les mains de ceux qui les entraînent sur des sentiers de tous les dangers, les instrumentalisent et les amènent à commettre l’irréparable et à en être les victimes.

Il faut inclure la jeunesse. Construire avec elle.

C’est une course contre la montre.

Notre vigilance se doit d’être constante et responsable.

C’est ce qui nous motive et chaque investissement en ce sens se doit d’être prioritaire et conséquent.

Je vous remercie.