Moussa Traoré

moussa traoré

Président de la République du Mali de 1968 à 1991

Né le 25 septembre 1936, l’ancien président Moussa Traoré a vécu cinq vies.

La première fut celle d’un jeune officier ordinaire qui fit ses études à l’Ecole des enfants de troupe de Kati avant de les poursuivre à l’Ecole préparatoire des Officiers d’Outre-mer. Il était aspirant lorsqu’il rentra au Mali nouvellement indépendant. Nommé sous-lieutenant en 1961, il passa lieutenant en 1963. Le Mali socialiste d’alors était engagé auprès de toutes les forces qui se battaient pour l’émancipation totale du continent et le jeune officier fut envoyé au Tanganyika (partie intégrante de l’actuelle Tanzanie) en qualité d’instructeur auprès des combattants de mouvements de libération. Rentré au Mali, Moussa Traoré fut affecté, toujours comme instructeur à l’Ecole militaire inter-armes de Kati.

La seconde vie de Moussa Traoré commença en 1968.

Contacté par un groupe de jeunes officiers inquiets de la dévalorisation croissante de l’armée et de la montée de la milice populaire devenue une institution para-militaire toute-puissante, il organisa avec ses compagnons le coup d’Etat du 19 novembre 1968 qui aboutit au renversement du président Modibo Kéita. Moussa Traoré fut porté à la présidence du Comité militaire de libération nationale, nouvel organe dirigeant du pays et il cumulera assez vite ces fonctions avec celles de chef de l’Etat. Mais malgré ces responsabilités, Moussa Traoré n’était que le premier parmi les égaux, le fonctionnement collégial du CMLN restreignant sa marge de prise de décision. Si bien qu’il n’apparaissait pas comme l’homme fort du pays, mais plutôt le pondérateur des luttes d’influence qui faisaient rage à l’intérieur du Comité.

La troisième vie de Moussa Traoré date du 28 février 1978. Ce jour là, il fit arrêter quatre de ses compagnons parmi lesquels deux (Tiécoro Bagayoko et Kissima Doukara) trainaient une réputation désastreuse au sein de l’opinion publique nationale et étaient considérés comme les faucons du CMLN. L’opération eut deux effets bénéfiques pour son auteur. Elle faisait de lui le véritable « Numéro un » du pays après la neutralisation des plus remuants de ses compagnons. Et surtout elle lui conférait une côte extraordinaire auprès de ses concitoyens qui jusque là l’avaient perçu comme un dirigeant un peu falot et velléitaire.

La quatrième vie de Moussa Traoré débuta lorsque s’acheva l’état de grâce qui avait suivi les événements de février 1978. L’agitation estudiantine de 1980 s’acheva sur la mort du leader du mouvement Abdoul Karim Camara dit « Cabral ». Le président Moussa Traoré dans cette crise avait dû se sentir bien démuni puisque le parti unique et constitutionnel qu’il avait créé l’UDPM n’avait su se poser ni en intercesseur, ni en mobilisateur de l’opinion publique. Moussa Traoré, qui était devenu général de brigade en octobre 1978 (il sera promu général d’armée en mars 1982) commençait alors son apprentissage de la solitude du pouvoir. Celle-ci allait lui faire abandonner ses réelles aspirations d’ouverture de 1978 pour se laisser enfermer peu à peu dans la logique du cénacle. Au début des années 90, cette logique atteignit sa forme la plus aboutie. Au-delà du parti et plus que le gouvernement, c’était un cercle restreint de proches et d’intimes qui exerçait la réalité du pouvoir et le guidait sur la conduite des affaires du pays.

Comme tous les leaders qui se sont laissés user par l’exercice de l’autorité Moussa s’est certainement à plusieurs reprises et pour des décisions importantes référé à son groupe de confiance avant d’agir. Il s’est de plus en plus coupé des réalités du pays, dont il ne perçut pas les modifications en profondeur. Il connut son chant du cygne en 1988, année où il assuma la présidence de l’Organisation de l’unité africaine en même temps que se fêtait le 20ème anniversaire de sa prise de pouvoir.

Deux ans plus tard, les associations politiques lançaient les revendications pour l’ouverture politique. Imperméable à l’air du temps, sourd aux avis favorables au multipartisme qui surgissaient au sein de son propre camp, Moussa Traoré laissa passer deux occasions historiques d’accepter l’ouverture et sans doute de la contôler. Voulant à tout prix retarder l’échéance jusqu’au congrès de l’UDPM de mars 1991, il se fit déborder par la montée des revendications. La répression sanglante de la marche estudiantine du 22 mars 1991 allait sonner le glas de son régime.

Renversé par le coup d’Etat du 26 mars, Moussa Traoré sera condamné à mort lors du procès « Crimes de sang » et du procès « Crimes économiques » (les peines furent ensuite commuées en détention à perpétuité). En ces deux occasions, il essaya de justifier et de valoriser sa gestion des affaires maliennes pendant 23 ans, mettant sa chute au compte d’un complot ourdi de l’extérieur. Le second procès le trouva aussi très plongé dans la lecture des Saintes écritures.

Pour entamer une cinquième vie ?

A la suite d’une grâce présidentielle décidée en sa faveur par le Président Konaré, Moussa Traoré a été libéré en 2002.